Mercredi 14 mai 2008


Mai 2008 et déjà bien entamé et l'allant du
mouvement de contestation lycéenne, seul mouvement de revendication digne de ce nom depuis quelques années ne semble pas s'essouffler.

Ce grâce à une tentative de récupération de syndicats ayant pignon sur rue, ou malgré diront certaines mauvaises langues dont je fais partie.

Toujours est-il que nous pouvons à nouveau constater que lutter seul est de plus en plus difficile, tout comme il est de plus en plus difficile de faire entendre sa voix lorsque les propos énoncés sont  systématiquement dévoyés par une presse plus avide de catastrophes et de scandales à deux balles qu'animée par le soucis de présenter un bilan clair et juste d'une politique élitiste menée depuis trop longtemps contre l'intérêt du Peuple (et des Peuples).

La mémoire de l'homme est au moins aussi sélective que les rédacteurs chargés de faire le tri dans les témoignages de celles et ceux qui auront l'insigne honneur de verser une petite larme nostalgique sur ce qui fut leur jeunesse au travers de l'écran cathodique ou la presse d'état.

La plupart de ceux qui sont et seront (le mois n'est pas fini) présentés aux masses ont particulièrement réussi,  désormais sinon cadre dirigeants des partis (de droite comme de gauche) tout au moins cadres dirigeants de sociétés ou d'entreprises bien dans la ligne du courant impérial-libéral en place.

Ils ont compris au cours des luttes sur les barricades sous les bannières trotskistes ou nationalistes que les petits causes peuvents engendrer de grands effets, et du passé ils ont vite su faire table rase, préférant savourer le sable fin des plages lointaines loin des pavés qu'ils n'ont probablement pas dû beaucoup lancer.

Les autres, les purs n'ont pas droit de citée, ils pourraient donner des idées.

Révolution tant attendue tu as fait long feu et les capitaines des vaisseaux chargés des espoirs de tant et tant d'oubliés d'alors, charmés par le chant des sirènes , entraînèrent leurs nefs, toutes fluctuat nec mergitur qu'elles furent,   de Charybde en Scylla.

Mais il n'a pas fallu attendre le 40° anniversaire de ce qui fut le dernier soubreseaut du mode ouvrier contre les injustices patronales, des possédés contre les possédants.

Il y a déjà trente ans, en 1978, à la fin de la période transitoire du power- flower et autres manifestations préliminaires aux courants tektoniktiques et autres rave parties, rien n'était changé et la conscience populaire était toujours aussi vive devant les injustices qu'impuissante à les faire cesser.

Je suis tombé par hasard, il fait bien les choses parfois, sur ce chant, juste con statation revendicatrice, point d'orgue de la colère des ouvriers d'Usinor Valenciennes floués par un patronat avide, logique prédécesseur de ceux que nous connaissons aujourd'hui et bien traduite par Guy Ville, le maire-poète nordiste.

Je vous reproduis ce texte dans son entièreté, la lecture en vieux parlage du nord accentuant la force du désespoir ressenti à l'époque par ceux et celles qui ayant en mémoire récente le combat qu'ils avaient menés s'apercevaient que s'il n'avait pas totalement été vain, il leur laissait plutôt un gout amer dans la bouche.


AUX BARONS DE L'ACIER
    Le Noël d'Usinor



Pindant qu' dins vos salons vos grands sapins s'alleument
Dins l' ciel gris d'USINOR, pas ein' quéménée n' feume
Pindant qu' vous festoyez, vous êt's sourds à l'appel
Des p'tits infants du Nord, croyant au Pèr' Noël
Et qui-ont eu comm' cadeau, décision inhumaine,
L'annonce à leus papas d'ein' mise à l' cour prochaine.
Et pourtant, vot' fortun' - l'avez-vous oblié ? -
Ch'est l' traval, el sueur et l' sang des ouverriers !

Par dizain's ed milliers, à D'nain, à Valinciennes,
Des gins i-ont défilé pour exprimer leus peines
Et pou manifester leu volonté d'action
Cont' vos projets qui f'rott'nt un désert dé l' région.
Travailleurs in toil's bleus, in blous's ou in cravates
Dévienn'nt, face au danger, d' pus in pus camarates.
Pindant qu' vos dogts rapac's souillott'nt les bénitiers
Mêm' les curés suivott'nt les band'rol's déployées *.

Profitez-in, barons, tant qu' l'union n'est pas mûre,
Bradez l' carbon du Nord, s'n acier, ses filatures !
Profitez-in, barons, les infants d'USINOR
N'ont pus d' joyeux Noël. Mais tous les gars du Nord,
A forche ed vous r'bâcher qu'i-a trop longtemps qu' cha dure,
A forche ed vous cracher leu mépris à l' figure,
A forche ed vous prêcher: « Traitez-nous in humains ! »
Vous r'prindront les Noëls qué vous t'nez dins vos mains !

25 décembre 1978



* Mêm' qu'in a vu l' curé et l' maire
Défilant dins l' rue du Quesnoy
Et portant insemp', l'allur' fière,
El band'rol' DEFENS' DE L'EMPLOI.




Que les barons actuels s'imprègnent bien de ces propos car qui sait, quarante ans plus tard, le mai qu'ils tentent d'orchestrer pourrait bien revenir aux dignes fils du mai d'alors, s'ils décidaient pour une fois de prendre réellement leur destin en main et de s'unir pour la juste cause,

et alors..........

Ben merde alors..................



Ils n'attendront peut-être pas jusqu'à Noël.

Sator


Source



Par Sator - Publié dans : idées
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Calendrier

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>
publication web sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus