Le culte de la "Dette"

Nicolas Sarkozy, avait raison de l'annoncer, mais loin d'être un scoop ou une révélation engendrée par sa toute nouvelle puissance temporelle (il n'en est pas encore là...), les bases d'une société humaine jetées en mai 1968 à la face des dirigeants du néo libéralisme naissant sont biens tombées dans les oubliettes de la mémoire aseptisée des jeunes générations.
Je trouve dommageable pour notre avenir, mais je n'en suis pas outre mesure surpris, que les citoyens que l'on pourrait ranger dans la catégorie statistique des 25/40 ans rejoignent en état d'esprit les plus de 65 ans.
J'ai remarqué depuis un certain temps que le fossé qui me sépare, vous l'avez deviné, plus de 40 et moins de 65 ans et les "autres", fossé idéologique bien sûr, se creuse de plus en plus, au point de ne pouvoir faire admettre mon véritable sens de la vie.
Mon raisonnement est pourtant simple, pour ne pas dire basique ce qui n'étonnera pas grand monde parmi ceux qui me connaissent.
J'estime, et en cela je suis conservateur, qu'au delà d'un certain âge, dont je fixe la limite entre 55 et 60 ans, il devrait être loisible pour toute personne le souhaitant de jouir d'une retraite bien méritée, rémunérée sur le principe de la répartition agrémenté pour ceux qui y auraient souscrit du revenu de leurs cotisations complémentaires (principe actuel en voie de réforme).
Un minima étant assuré par la collectivité à ceux que les aléas de la vie ont laissés sur le bord du chemin (aucune innovation, toujours le principe actuel).
Eh bien non, dans l'optique de certains, à l'aube de leur vie professionnelle, voire de leur vie en général, je suis dans l'erreur.
Le premier argument avancé est que tout individu se doit de travailler jusqu'au bout de ses forces en reconnaissance de ce que la société lui a donné.
Le second argument est que tout individu se doit de travailler afin de pouvoir rétrocéder à ses héritiers le fruit de son labeur.
Le troisième argument, d'ordre physiologique celui-ci, est que tout individu peut désormais, du fait de l'allongement de la durée de la vie et de la possibilité (ou du devoir) qui lui est offerte d'entretenir le fabuleux corps qui est le sien, travailler jusqu'à épuisement afin de satisfaire aux deux premières allégations.
L'estocade m'est généralement portée par le désarroi méprisant de mon interlocuteur auquel, à la question qu'il me pose de savoir ce que nous pourrions faire du temps concédé à vivre "au crochet des autres", je me permet de rétorquer,
vivre justement.
Reprenons point part point l'argumentaire ennemi.
Que dois-je à la société ?
Personnellement je ne me reconnais aucune dette envers elle.
L'éducation qui m'a été dispensée dans les écoles publiques laïques et républicaines est à l'origine de ce que je suis devenu au fil du temps, un citoyen que je crois responsable, adapté à un certain mode de vie, disons le clairement, dans "le moule".
Je n'ai encore fomenté aucune révolution, même s'il m'arrive de pousser quelques coups de gueule.
Je n'ai pour l'instant attenté à la vie d'aucun de mes semblables et n'ai poussé aucune de mes entreprises à la ruine, ni au désespoir les personnes qui auraient fondées sur moi tous leurs projets d'avenir.
Si j'en crois ce qui est rapporté par certains médias, et je n'ai aucune raison de ne pas les croire dans ce domaine, sur le passé de nombre de nos moralisateurs versatiles, ce ne semble pas être le cas de tous.
Alors si ceux-là ne s'estiment pas en dette envers la société...
Que dois à mes parents ?
Rien !
Si je suis le fruit de l'amour, je représente une satisfaction, si le hasard m'a fait naître, je ne vois pas ce que je leurs devrais.
Ce raisonnement est valable dans l'autre sens bien entendu, mes parents m'ont mis sur la voie qui leur semblait la plus juste, en fonction de leurs et de mes moyens, j'estime qu'ils ne me doivent rien.
Je pense que l'on serait dans l'erreur de vouloir vivre par procuration à travers sa descendance ce qu'on pu accomplir au cours de son existence et surtout de tenter de remplacer des liens affectifs déficients par des liens d'endettements coupables.
Enfin, si les avancées technologiques que l'on dénomme "science" me permettent de prolonger mon passage éphémère sur cette terre, je ne vois vraiment pas en quoi je me révélerais un mauvais homme en voulant consacrer une partie du temps qui m'est imparti à vivre sinon librement, tout au moins selon mes propres règles, et si je préfère le consacrer à un enrichissement spirituel personnel plutôt qu'à l'enrichissement matériel d'autrui.
Pris dans le tourbillon de "l'irréel" jusqu'à peu, j'ai probablement raté un épisode important de la vie.
C'est vrai que je me suis longtemps contenté d'ingurgiter les informations labellisées des chaînes accréditées, sans avoir envie d'ouvrir les yeux sur le monde réel.
Facilité, égoïsme, mimétisme, même mesquin, mon univers est enviable, pour preuve, des barbares, dont la plupart ont le front de s'opposer aux bienfaits de notre merveilleuse civilisation, viennent, jusqu'aux portes de nos maisons y réclamer leur subsistance.
Au moins, au temps des colonies (temps béni s'il en est), ils étaient chez-eux, alors que maintenant ils nous envahiraient, on aura vraiment tout vu.
Je me pose donc à présent une question,
Quand à-t-on pu insuffler à cette portion non négligeable de population ce
"Culte de la Dette" ?
Si je ne peux y répondre, et de toute façon, quelle importance, je puis au contraire, sans me tromper avancer pourquoi et comment.
Comment, vieille recette de la politique collectiviste (je parle des ersatz de communismes mis en place par de faux dirigeants mais de véritables dictateurs), reprise à son compte par l'ultra libéralisme individualiste, sur fond de peur et de culpabilité.
Après avoir divisé les chaînons, il suffit de les regrouper artificiellement sous des bannières quelconques, clubs de football ou autres syndicats ou associations, en communautés désuètes et surtout matérielles.
Chaque élément, par un principe d'agrégat naturel se sentira obligé envers l'élément directeur de la cellule constituée après un conditionnement psychologique adapté qui lui aussi a déjà fait recette notamment en flattant les bas instincts qui sommeillent en chacun de nous.
On retrouve ce schéma structurel dans toutes les organisations politiques, religieuses et mafieuses.
La raison intrinsèque coule de source, tout débiteur est l'obligé de son créancier.
Dès lors, ce dernier peut tout exiger du précédent.
Le travail rend libre,
Travail, famille patrie,
Gageures, et toujours le sacro-saint travail cité en premier.
Je m'insurge, le travail tel qu'il est entendu dans ces maximes aliène l'homme et l'enchaîne à une conception inacceptable de la vie.
De tous temps, la fourmi a été prise en exemple au détriment de la cigale, mauvaise citoyenne s'il en est déjà au temps d'Esope,
L'abeille laborieuse fut à l'envie brodée d'or sur la chasuble des aigles méprisants, artifice qui fit croire au peuple qu'il pouvait en tirer une satisfaction.
Les arguments objets de cet article m'ont été inspirés par des propos tenus, en majeure partie pas des hommes et des femmes intégrés dans ce que l'on pourrait appeler une classe moyenne légèrement supérieure sur l'échelle sociale actuelle, qui en comporte deux (l'élite "clairvoyante" régnant sur la masse aveugle).

Mais je les ai entendus aussi prononcés par des personnes occupant des emplois précaires, avec une seule idée choc, remettre la France au travail.
Comme si la France avait jamais cessé de travailler, ce qui montre bien que l'esprit humain est de plus en plus perméable aux fausses idées prônées par nos politiques ou ceux qui se font considérer comme tels.
Le monde pourrait peut être changé, si paraphrasant Molière on annonçait, un jour, que l'on doit travailler pour vivre et non pas vivre pour travailler.
Alors, homme-abeille, ne penses-tu pas que l'avenir rayonne en dehors de la ruche, que ton enrichissement est personnel et passe par le redressement de ton échine,
et de la compréhension
de la vie ?
La seule chaîne que l'on doive supporter, le seul lien que l'on doive admettre est celui qui nous attache... à nous même.
Sator
Je remercie le jeune talent à qui j'ai emprunté (contractant ainsi moi-même une dette envers lui) l'illustration figurant en tête de l'article pour sa contribution involontaire à la diffusion de mes idées.
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